Il y a un peu plus de 5 ans de cela, nous venions de débarquer de France prêts à démarrer une nouvelle vie d'expat à Baltimore. Quelques mois plus tard, me voilà enceinte de ma 3ème fille. Un beau challenge m'attend : entre la barrière de la langue, la méconnaissance du système de santé américain, 2 enfants de moins de 3 ans à m'occuper au quotidien, avec un réseau social pas encore très développé, renforçant notre sentiment d'isolement et l'imprression que nous ne pouvions compter que sur nous-mêmes avec Lj. Cela faisait beaucoup !! Heureusement que je ne travaillais pas en dehors de la maison, car cela aurait rendu les choses encore plus compliquées! 

Maternité et travail ne font pas vraiment bon ménage aux Etats-Unis. Les statistiques font vraiment peur. Récemment j'ai eu l'occasion de visionner un TedTalk qui parle de cette triste réalité. Et la vérité est dure à entendre. Je vous ai mis la vidéo si vous voulez la visionner, elle est sous-titrée en français :-)

Quelques passages qui m'ont particulièrement marquée sont notamment des témoignages de mamans qui disent avoir repris le travail seulement 6 semaines après une césarienne, ou encore une mère qui a accouché de jumeaux et qui est retournée au travail après 7 semaines de "congés" non payés. Et oui, parce qu'il faut savoir que les Etats-Unis, l'une des premières puissances mondiales, font partie des rares pays du monde à ne pas accorder de congés maternité payés à leur employés (il y a en tout et pour tout 9 pays au monde qui n'accordent pas de congés maternité payés. Les 8 premiers représentent ensemble 8 millions d'habitants (Papouasie-nouvelle guinée, surinam, une petite île de Micronésie, les îles Marshall, Nauru, Niue, Palau et Tonga. Et en 9ème position avec 320 millions d'habitants, les Etats-Unis. Et la liste s'arrête là). Il y a de quoi avoir honte surtout quand on apprend que 47% des travailleurs aux Etats-Unis sont des femmes et que dans 40% des foyers américains, la femme est l'unique ou le principal apport financier de la famille.

Une autre statistique qui m'a fait froid dans le dos : 23% des femmes americaines qui travaillent reprennent le travail dans les 2 semaines qui suivent l'accouchement!! C'est vraiment inimaginable. Beaucoup de nouveaux parents doivent piocher dans leur compte épargne ou utiliser le retour de taxes pour s'offrir le luxe de quelques jours de plus avec leur nouveau né. Et parfois, cela n'est même pas possible car l'employeur se fait menaçant et met trop de pression pour un retour au travail le plus rapidement possible.

Lorsque nous avons aménagé à Durham, j'étais étonnée de voir le nombre de mamans qui avaient fait le choix de s'arrêter de travailler pour s'occuper de leur enfant. Une décision longuement discutée et mûrie avec leur conjoint. Mais cela n'est malheureusement pas possible partout aux Etats-Unis. Durham est une ville où l'on peut envisager de vivre tout à fait confortablement avec un seul salaire mais dans des grandes villes comme San Francisco ou New-York, c'est juste impensable. 

Dans la même lancée, il n'y a pas d'aides financières pour la garde d'enfants. Et les frais de garde ici ont de quoi vous faire pâlir. Cela paraît complètement surréaliste de se dire que faire garder son enfant coûte plus cher que le prix du loyer. Un article sur ce sujet ici (désolé ce n'est qu'en anglais). 

Je suis vraiment reconnaisssante de ma situation et je réalise la chance que j'ai d'être en mesure de voir grandir mes enfants au quotidien. Même si ce choix s'est imposé à moi (puisque je ne suis pas autorisée à travailler légalement sur le territoire américain à cause de mon visa), je suis heureuse de notre vie à Durham et ai bien conscience de mon privilège. Dernièrement par exemple, il y a eu des jours d'école qui ont sauté à cause du froid, ou des journées d'école qui ont commencé plus tard pour permettre aux transports scolaires de ne pas risquer de rouler sur des routes verglacées ... dans ces conditions, je sais pertinemment que pour certains parents cela engendre une incroyable source de stress. Et les inégalités malheureusement se creusent très rapidement pour les familles afro-américaines de classe ouvrière. Malheureusement, les inégalités sont bien présentes et très creusées aux Etats-Unis. Une triste réalité...